Assoc. Walter Benjamin sans frontières : Varian Fry et Lisa Fittko (en 1940, passeuse à Banyuls, envoyée par Fry)

 

fittko et V.Fry  V. Fry et les époux Fittko à La Havane   époux fittko Lisa et Hans Fittko à Marseilel 1940  Banyuls  Appartement de Lisa F. à Banyuls, avenue du Puig del Mas, aujourd’hui, au-dessus d’un commerce. (C) JPB

 

Association Walter Benjamin sans frontières

 

Banyuls sur Mer (mai 2020)

 

 

Varian FRY : Livrer sur demande… Lisa Fittko, Josep Rebull, Dina Vierny, à Banyuls, le chemin W.Benjamin.

 

 Fry, ce jeune journaliste américain, est envoyé en France par les Etats-Unis, afin de diriger à Marseille le « Centre américain de secours (CAS) et sauver des intellectuels « apatrides » Mouvement de « résistance avant la Résistance ».

Comme l’a appelé Victor Serge, l’Emergency Rescue Committee est mis sur pied, tout de suite après le 25 juin 1940, c’est-à-dire après la signature de l’armistice franco-allemand. 

 

Varian Fry propose sa candidature et part de New York pour Lisbonne par avion le 4 août 1940 ; il arrive à Marseille le 13 août et s’installe à l’hôtel Splendid, avenue d’Athènes, tout près de la gare Saint-Charles ; sa chambre va servir de bureau pour accueillir les réfugiés désirant de l’argent et des visas de sortie ; le CAS va s’installer ensuite au 60 rue de Grignan et, enfin, en décembre 1940 au 18 boulevard Garibaldi.

 

 V.Fry évoque ainsi, au début de son livre son nouvel environnement de l’hôtel Splendid : « Devant la fenêtre, un étroit balconnet surplombe le trottoir du boulevard d’Athènes et effleure le haut des platanes élagués qui bordent les deux côtés de la rue. Un peu plus haut sur le boulevard, à gauche, on aperçoit l’escalier monumental de la gare Saint-Charles et à quelques rues de là, on devine le carrefour animé où le boulevard Dugommier croise la Canebière… » 

 

Il raconte ensuite le fonctionnement de sa petite organisation, la rencontre de nombreux écrivains et artistes (comme André Breton et les Surréalistes installés à la villa Air-Bel) ou militants politiques (de gauche et souvent juifs) menacés par la gestapo. Il explique aussi le but de sa mission, faire évader tous ces hommes et femmes pourchassés, soit par bateau, de Marseille vers la Martinique ou les Etats-Unis, soit par des filières ou « passages » à travers la montagne (de Banyuls à Port-Bou, de Cerbère à Figueres), dont les plus connus sont ceux de Dina Vierny (la route Maillol), de Carlos ou de Hans et Lisa Fittko (la route F, ou route Lister, ou Chemin ultime de W.Benjamin)…

 

Plus de 3000 de ces « apatrides » seront sauvés, en l’espace de treize mois, par Varian Fry et sa modeste organisation. 

 

Celle-ci s’oppose alors à l’article 19 de la convention d’armistice entre la France et l’Allemagne : « Le gouvernement français est tenu de livrer sur demande tous les ressortissants désignés par le gouvernement du Reich. » Ce témoignage, enfin réédité (éditions précédentes en 1972, 1977 et 1997), permet d’éclairer un moment historique singulier en même temps que l’héroïsme ordinaire face à la déraison d’Etat. Le seul reproche que le lecteur puisse adresser à V. Fry, c’est que l’auteur n’indique jamais avec précision la date de ses rencontres ou de ses actions clandestines; il écrit simplement « trois semaines plus tard…quatre mois après… »

 

 Cependant, pour un lecteur de Catalogne, il est essentiel de retrouver dans ces pages Joseph Rebull (page XXXII), Dina Vierny (page XXVI), les lieux tels que l’Andorre, Barcelone, Banyuls (page 217 à 220) et Perpignan où séjourne Varian Fry durant quelques jours. Enfin, les photos, à Marseille et à Cerbère (le 6.9.1941, au moment de l’expulsion de  V.F.) sont inestimables !

 

Pour conclure, il est tentant de reproduire ce passage du préfacier sur la « racaille » de 1940 et de …2008 :        Des rapprochements hasardeux?

 

 

   Plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis les événements que relate ce livre. À l’exception notable des années 1990 dans les Balkans, le territoire européen – épicentre de la Première, puis de la Seconde Guerre mondiale – bénéficie depuis d’une paix prolongée entre les anciens ennemis héréditaires qui, hier encore, semblaient prêts à se déchirer jusqu’à la fin des temps. Vivons-nous pour autant dans un monde en paix où toute menace appartient à un passé révolu?

« On fuit la guerre, comme vous en 1940 », déclarait un pauvre hère qu’on aurait appelé, en d’autres temps, un « réfugié» mais que le journaliste qui l’a croisé entre Calais et Boulogne a défini comme un « sans-papiers irakien» 62. Les politiques des grandes puissances poursuivent donc leurs vieilles traditions, mais ailleurs.

 

Le 26 mars 1941, sur un quai du port de Marseille, passant devant une haie de gardes mobiles avant d’embarquer sur le Capitaine Paul Lemerle, Claude Lévi-Strauss évoquait « un départ de forçats » avant de préciser: « Plus encore que la manière dont on nous traitait, notre nombre nous frappait de stupeur. Car on entassait trois cent cinquante personnes environ sur un petit vapeur. [...] La « racaille« , comme disaient les gendarmes, comprenait entre autres André Breton et Victor Serge. » Tout récemment, un ministre de l’Intérieur bientôt candidat victorieux aux élections présidentielles utilisait ce même mot de « racaille ». Difficile de ne pas voir une régression dans le fait qu’une insulte échappant à un troufion ait désormais sa place légitime dans une stratégie de communication « décomplexée », empruntant les recettes du Front national pour faire parler les médias et plaire à une certaine idée du peuple sans déplaire au grand patronat.

Pour certains, l’histoire bégaye quand, pour d’autres, tout rapprochement est anachronisme et certaines comparaisons obscènes. Ce n’est pas une feuille de chou gauchiste mais le très respectable New York Times qui, dans un éditorial au vitriol, qualifiait le dernier projet de loi sur l’immigration en France de « nouvelle loi hideuse » Invoquant les leçons de l’Histoire, le quotidien américain souligne que des « notions pseudo scientifiques de lignée pure ont été introduites, avec des conséquences tragiques, sous l’Occupation par les nazis et leurs collaborateurs de Vichy. »  (Julie Connan, « Le New York Times » écœuré par les tests ADN français », Le Figaro, 22 octobre 2007.

 

(* )Varian Fry : Livrer sur demande – Quand les artistes, les dissidents et les Juifs fuyaient les nazis (Marseille, 1940.41), éditions Agone, 2008, 23 euros.

 

**Merci à Charles Jacquier. 

JPB.

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